Carnet d'archives des foires Suisse

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jeudi 2 février 2012

Foire du lard Martigny

Foire au Lard

La Foire au Lard a un long passé à Martigny, mais son établissement proprement dit n’est pas aussi ancien que le prétend la tradition. Sa première édition remonte en fait à 1801; on a donc dépassé sa deux-centième édition en 2001, en oubliant de célébrer ce bicentenaire…

Il faut rappeler que, dans les siècles passés, plusieurs foires annuelles avaient lieu à Martigny, et que la Foire au Lard n’est en fait que la survivance de l’une des plus récentes.

Chacun sait que, le 31 juillet 1392, la Comtesse Bonne de Bourbon concéda à Martigny le droit de tenir deux foires de trois jours chacune par année, à la Saint-Barnabé (11 juin) et à la Saint-Luc (18 octobre).

Comme la Comtesse laissait aux Martignerains le choix du lieu où devaient se tenir ces foires, les bourgeois s’entendirent vers 1400 pour les établir au Bourg, sur l’emplacement de l’actuel Pré-de-Foire. Ce choix ne faisait qu’entériner la prééminence du Bourg dans la châtellenie, la Ville se limitant alors à quelques maisons groupées autour de l’église paroissiale.

Un document datant de 1566 laisse entendre que le Bourg tenait également un marché hebdomadaire.

En 1595, en 1660 et en 1818, à la suite d’inondations catastrophiques, les foires furent déplacées en Ville, et ceci probablement pour d’assez longues périodes. Elles eurent alors lieu sur le pré situé au sud de la Grand-Maison; appartenant à la famille de Kalbermatten depuis 1550 environ, cet emplacement allait être vendu le 23 décembre 1818 à quelques citoyens qui y créèrent la … Place Centrale actuelle.

Martigny-Bourg obtint deux autres foires en 1801 : l’une à la Saint-Jacques (le 1er mai) et l’autre le premier lundi de décembre : c’est cette dernière seule qui a subsisté sous le nom de Foire au Lard.

Tenue sur le Pré-de-Foire naguère, elle a depuis longtemps été aménagée dans la rue principale du Bourg. On peut noter que chaque quatre ans, elle est un peu plus vivante que d’ordinaire, puisqu’elle a alors lieu le lendemain des élections communales…

A relever également que la seule foire moderne, l’actuelle Foire du Valais (première semaine d’octobre), a lieu depuis 1960, mais qu’elle se déroule depuis 1977 au CERM, c’est-à-dire sur un territoire situé sur l’ancienne commune de Martigny-Bourg. Le Bourg conserve ainsi son quasi-monopole des foires.

© Roland Farquet, Martigny, 30.10.2002

mercredi 21 décembre 2011

FOIRES OU MARCHES ?

Outre la vision d’un monde en transformation et celle d’une nouvelle forme d’échanges en plein essor, ces photos peuvent nous aider à mieux connaître les marchés et à préciser ce qui les différencie des foires. La chose n’est pas aussi évidente qu’il le peut paraître à première vue. Certes, il y a d’abord une différence de rythme, le marché hebdomadaire s’opposant à la foire annuelle. Mais lorsque Lausanne annonce douze foires par an au milieu du XIX* siècle, peut-on encore parler de rythme annuel ? Ou lorsque les Bernois expliquent au XVIII* siècle que leur marché du mardi fait office de foire au bétail chaque premier mardi du mois ? En fait, dans la majorité des cas, les autorités cherchent à faire coïncider les jours de marché et de foire. La chose apparaît très nettement dans l’enquête bernoise de 1785 : dix-huit des vingt et un lieux ayant des marchés tiennent une foire le même jour. Il y a plusieurs combinaisons possibles : — la foire ne dure qu’un jour, qui est jour de marché ; par exemple, les Cinq foires de Nyon ont toutes lieu le jeudi, comme le marché — le marché a lieu pendant la foire, dont la durée excède un jour ; par exemple, les foires de Lausanne ont lieu du jeudi au samedi et le samedi est jour de marché ; ou encore, les foires de Morges ont lieu du mercredi au vendredi, avec marché le mercredi — la solution d’Aigle est originale : 4 de ses foires ont lieu du mercredi au vendredi et le marché se tient le samedi — seules Moudon (marché le lundi, foires du mercredi au vendredi) et Lucens (marché le samedi — mais ce marché n’a pas lieu selon l’enquête — et foire le mercredi) font donc vraiment exception à la règle.

Il est donc extrêmement délicat et souvent impossible de dissocier les foires des marchés. Les marchandises mêmes qu’on vend dans ces deux assemblées se ressemblent, comme en témoignent les exemples suivants. En 1890, on trouve au marché d’Aigle «pommes-de-terre, raves, têtes de choux, salades, haricots, pommes, poires, pêches, raisins, abricots, froment, avoine, fèves, noix, méteil (un mélange de froment et de seigle), seigle, mais, orge, châtaignes, noisettes, foin, regain, paille, pain, graines mêlées, semences, fayard (hêtre), chêne, sapin, viandes de bœuf, de mouton, de veau, de vache, de chèvre, de porc frais ou salé, séré, beurre, fromage gras, mi-gras et maigre, œufs, miel en rayon», et même «une journée d’ouvrier de campagne nourris ou non nourris». Et l’on peut acheter à la même époque à la foire de Payerne «chevaux, poulains, taureaux, bœufs, vaches, génisses, moutons, chèvres, porcs, porcelets mais encore des sacs de méteil, seigle, avoine, orge, du foin, de la paille, des pommes-de-terre, ainsi que du beurre, des œufs et du pain». Plusieurs produits se retrouvent ainsi tant à la foire qu’au marché. Sur les photographies, les scènes de foire au bétail et de marché-concours sont — par définition — centrées sur le bétail alors que les marchés montrent des combinaisons beaucoup plus variées de marchandises, où dominent les victuailles.

A PROPOS DU MESSAGER BOITEUX

Isaac Chenebié, un réfugié français qui vendait dès 1708 l’édition de l’almanach du Messager boiteux édité à Bâle par J.-C. de Mechel, exploite la première imprimerie de Vevey. Après de nombreuses et laborieuses négociations avec les représentants du Gouvernement bernois, le libraire veveysan reçoit en effet l’autorisation d’imprimer. Il acquiert alors une presse à bras et peut ainsi mettre en vente, dès 1754, la première édition du Véritable Messager boiteux de Berne sortie des presses veveysannes. L’almanach d’Isaac Chenebié connaît un vif succès. «Après la Bible, le livre le plus respecté entre tous et consulté était le Messager boiteux. On croyait aux prédictions météorologiques d’Antoine Souci, astrologue et historien.» Tel est le début de l’imprimerie à Vevey. Pendant la période bernoise et plus particulièrement au cours du XVIII* siècle, la deuxième ville du Pays de Vaud Vevey est, en dépit du caractère semi-agricole qu’elle avait gardé, un centre d’affaires remarquable, un lieu de transit actif et un port animé.

mardi 20 décembre 2011

le plus vieux média du monde

le plus vieux média du monde 02.10.2011

Si l'histoire des foires est millénaire, leur attractivité n'a pas pris une ride. Des temples marchands de l'Antiquité aux salons modernes, en passant par les foires régionales et les grandes expositions universelles, la tradition persiste et signe… À la clef : un marché de quelque 29 milliards de francs.

Le marchand médiéval, mobile et international Les Lombards, les Catalans et les Flamands n'hésitent pas à parcourir des centaines de kilomètres pour participer à des foires réputées (Provins, Bordeaux, Dijon, Longwy…) d'où ils ramènent du drap, des vins, des chevaux… Au cœur de l'histoire et de l'économie locales, ces "marchés géants" seront, pendant plusieurs siècles, le principal vecteur de développement du commerce, mais aussi des sciences et de l'industrie ! Le ton change au XIXe siècle avec la vague des expositions universelles. Issues de l'industrie, elles jouent plus un rôle de "vitrines" que de commerce. En 1898, le Salon de l'automobile - premier salon spécialisé, suivi en 1909 par le Salon de l'aéronautique - expose et vend !

Un public toujours attiré par la nouveauté "Tout sous le même toit" : tel pourrait être le slogan des foires qui rythment la première moitié du XXe siècle. En 1904, la Foire de Paris ouvre la voie, suivie par Lyon, Bordeaux, Angers… Les parcs d'exposition font leur apparition : la Tête d'Or à Lyon en 1918, la Porte de Versailles à Paris en 1925… Après la Seconde Guerre mondiale, la multiplication des industries et des biens de consommation lance les salons thématiques. Le Salon de l'horlogerie à Besançon en 1955, celui des Sports d'hiver à Grenoble en 1957 - où le public se précipite -, les arts ménagers, le prêt-à-porter, la piscine, le meuble, le tourisme… Tous les prétextes sont bons pour faire salon. La France affiche aujourd'hui 1 400 salons et une centaine de foires, contre à peine 50 manifestations en 1960.



Florence Elman

les foires de bâle ont plus de 550 ans

1471 L‘empereur Frédéric III accorde à Bâle le droit d‘organiser deux foires par année

La foire de Bex en 1750

Bex abrite une foire et un marché dès le Moyen Age. En automne, les paysans vendent aux marchands italiens, savoyards ou bourguignons du jeune bétail engraissé dans les Préalpes. Sur l’image, les vaches sont petites et minces. Surtout si on les compare aux gros bovins de race tachetée des marchés-concours des années 1880 et suivante. Elles sont attachées à des anneaux fixés à des bornes qui entourent en demi-cercle la place du marché. Des hommes vêtus de noir et coiffés de hauts chapeaux — peut-être des commerçants juifs — leur tâtent le pis, tandis que plusieurs autres personnages de sexe masculin, à cheval ou à pied, s’affairent autour des bêtes. Un R. peu plus loin, vers la fontaine et le beau saule H pleureur qui la surplombe, des femmes font la lessive, d’autres négocient un cochon noir, des chiens errent, l’auberge invite à la détente. En arrière plan, le beau vignoble de Bex escalade la colline. La foire est tout à fait intégrée à la vie du village et a lieu en plein centre, alors qu’elle sera généralement déplacée en périphérie au cours du f XIX* siècle. Les villes suisses alémaniques de Zurich, Brougg et Winterthour ont par exemple installé leur marché au bétail à l’emplacement des anciens remparts démantelés. Mais l’extraordinaire impression d’activité que dégage cette image tient aussi au fait qu’il s’agit d’une gravure : l’artiste qui l’a conçue a pu choisir ce qu’elle représente beaucoup plus librement qu’un photographe obligé de restituer ce qu’il voit en un moment précis et avec un angle de visée nettement plus réduit.

1917 Première Foire d‘échantillons suisse

1917 Première Foire d‘échantillons suisse

demande d'une foire reconvillier le 14 mai 1703

Il semblerait que la foire du 14 mai date de 1703 (requête des communiers de Reconvilier et Chaindon, 6 et 12 mars 1703). Dans ce petit dossier, le châtelain de Delémont (Rinck de Baldenstein) et son lieutenant pour la prévôté (Mahler) informent le prince-évêque "que quoique la foire qu'ils (les communiers) prétendent de nouvellement établir dans leur lieu sur le 14 mai tombe entre celles de Saint Légier (Saignelégier) et Glovelier, (…) nous ne trouvons pas qu'elle puisse nuire ni à l'une ni à l'autre." Les autorités de la seigneurie recommandent ainsi au prince d'autoriser cette nouvelle foire le 14 mai, "puisque la foire de Chaindon (écrit "Chindon") est fort renommée et fréquentée des bouchers de toute l’Alsace et pays circonvoisins."

A noter encore que la foire s'est maintenue sous la période révolutionnaire aux deux mêmes dates, mais exprimées dans le poétique calendrier républicain: le 25 floréal (14 mai) et le 15 fructidor (1er septembre). Un très grand tableau imprimé des Foires et marchés du département duMont-Terrible (an 6), qui confirme ces 2 dates et précise que la foire de "Chindon, section de Reconvilier" dure 3 jours. (© AAEB)

La foire des Bois vers 1945

Sous l’Ancien Régime, époque oij les chevaux jouent un rôle militaire important, les foires des Franches-Montagnes sont célèbres. En 1610, un membre de la cour épiscopale écrit que «les chevaux des Franches-Montagnes dépassent tous les autres en beauté». Au cours du XIX* siècle, l’amélioration du bétail chev2ilin est précoce et très dynamique ; dès 1817, un concours de chevaux a lieu à Tavannes. On est encore mal renseigné sur l’ancienneté des foires des Bois ; elles sont peut-être antérieures au XVIII* siècle. Les dictionnaires du début du XIX* siècle écrivent qu’il s’y tient alors deux foires aux bestiaux très fréquentées. En 1990, le Messager boiteux de Berne et Vevey signale trois foires en janvier, avril et août, vouées au commerce des chevaux, mais aussi de marchandises diverses, de gros et petit bétail et de machines agricoles. L’on retrouve sur cette photographie récente par rapport aux autres documents présentés dans ce livre des caractéristiques déjà relevées par ailleurs, et en particulier la présence d’un public exclusivement masculin.

Foire de Porrentruy : Paysan portant un porcelet vers 1956

Voilà un détail piquant des foires de Porrentruy, très anciennes et réputées. Le Messager boiteux de Berne et Vevey de 1797 en annonce six (en mars, avril, juin, juillet, septembre et décembre) et elles sont mensuelles au XIX* siècle. Au début du XX* siècle, elles attirent nombre de marchands étrangers à la recherche de chevaux ou d’autres bestiaux. Vers 1940, «la foire attire des paysans de tout l’Ajoie, des juifs de Bâle et d’Argovie». Dans les années 1950, l’ambiance de ces foires a été décrite par Pierre-Olivier Walzer. Tous les troisièmes lundis du mois, écrit-il. Ries vie7lies7ueVdébordent de peuple : elles sont plantées de bancs recouverts de toile bise, et la foule va de l’un à l’autre, quêtant une blouse ou des pantalons de futaine pour le père, marchandant une veste de cuir pour le fils, se gavant de friandises et glissant aux mains des enfants de ces affreux jouets en bakélite dont on croit les combler, mais qu’ils démolissent heureusement tout de suite. Pendant que les filles aux bonnes joues choisissent elles-mêmes la robe de coton du futur été, ou le bijou, trop beau pour être honnête, étalé, avec des centaines d’autres, parmi la sciure merveilleuse. Pour les hommes, c’est une autre affaire ; ils sont dans le haut de la ville, autour de la promenade des Tilleuls, ou se tient la foire au bétail. Hommes et bêtes s’y bousculent dans une bonne camaraderie ; on se fraie un chemin, à coup de bourrades fraternelles dans le flanc des juments ou des vaches taciturnes, entre les croupes baies ou fauves, et au-dessus d’une mer d’encolures naviguant au hasard des feutres noirs des campagnards, dégoulinants de pluie (il pleut toujours à la foire). De temps à autre, à l’écart des groupes, un cheval fait un petit temps de trot, et un marché se conclut. On se tape dans la main en signe d’accord, et c’est aussi définitif qu’une signature par-devant notaire.

Les foires Jurassiennes :

Ce qu’on appelle sous l’Ancien Régime le territoire de l’Evêché de Bâle regroupe le canton actuel du Jura et du Jura Bernois, cette région abrite des foires depuis plusieurs siècles, fortement stimulées par la proximité des Etats voisins : provinces françaises ou autrichiennes au XVIII* siècle, France et Allemagne de nos jours. En 1797, le Messager boiteux de Berne et Vevey mentionne des foires à Porrentruy, Goumois, Sainte-Ursanne, Delémont, Choindez, Moutier, Malleray, Lajoux, Montfaucon, Saignelégier, Le Noirmont, Tramelan, Saint-Imier et Courtelary… et la liste n’est pas exhaustive ! Dans les Franches-Montagnes, les foires les plus anciennes sont celles de Saignelégier, octroyées en 1428 par le prince-évêque Jean de Fleckenstein. Elles acquièrent rapidement une grande importance dans tout l’ancien Evêché de Bâle et les pays voisins. Les grands marchésconcours institués comme tels en 1818 — s’inscrivent ainsi dans une continuité portant sur plus de cinq siècles. En 1693, Le Noirmont obtient le droit de tenir des foires. D’autres concessions sont faites à Lajoux au début du XVIII* siècle et à Montfaucon en 1749. Toutes ces foires sont surtout spécialisées dans le commerce des chevaux. Les foires de Chaindon (village de Reconvilier) ont été décrites par l’écrivain genevois Philippe Monnier et illustrées par le photographe Jean Chausson en 1947. Le Messager boiteux de Berne et Vevey de 1797 en signale deux, en mai et en septembre. Au milieu du XIX* siècle, il y en a trois, très fréquentées. Vers 1940, la principale, celle du premier lundi de septembre, réunit jusqu’à deux mille chevaux venus des Franches Montagnes ou du reste du canton.

Neuchâtel : Le marché à la place des Halles.

La place des Halles abrite un marché depuis près d’un demimillénaire. Il a lieu le jeudi sous l’Ancien Régime. Le lac venait alors jusqu’à la place et les paysans et maraîchers arrivaient en barque. Le mots «marmets» est à l’origine un surnom donné aux gens du Vully,de Cudrefin, Chevroux, etc., mais il finit par désigner «tout maraîcher et vendeur de légumes et de fruits, qu’il soit vullerain, seelandais ou d’ailleurs», comme l’explique le Dictionnaire du parler neuchâtelois et suisse romand. On les appelle aussi des «crampets» — ou plutôt des crampettes, OU marmettes, car il s’agit essentiellement de femmes. Elles ne se limitent pas à l’approvisionnement du marché neuchâtelois. Ce sont elles qui sont à l’origine du célèbre «Zibelemârit» (foire aux oignons) de Berne. Dès le XVIII* siècle, elles y amenaient en effet leurs produits, et ^n particulier de belles chaînes d’oignons. Elles y affluaient dès la veille de la foire, utilisant des braseros pour se chauffer pendant la nuit (le Zibelemârit a lieu en novembre). Le courage de ces femmes face aux conditions parfois très dures de la vente en plein air est évoqué dans le petit poème qui accompagne cette carte postale. Les produits offerts à la vente sont posés sur le sol au premier plan — on distingue entre autres de gros sacs contenant peut-être des pommes de terre — tandis que des bancs bâchés sont à l’arrière. Les vendeuses sont des femmes, mais beaucoup d’hommes passent et discutent. Au centre, un personnage en uniforme assure probablement la surveillance du marché. De nos jours, les marchés neuchâtelois se sont multipliés : le Messager boiteux de Berne et Vevey de 1990 en annonce les mardis, jeudis et samedis d’avril à octobre et les mardis et samedis de novembre à mars.

La chaux-de-Fonds : Place du marché en 1900

La Chaux-de-Fonds n’est d’abord qu’un heu d’estivage. Des colons commencent à s’y installer dès la fin du XV* siècle, mais c’est au cours du XVII* que la commune acquiert une importance croissante. En octobre 1656 — un peu après la fin de la guerre de Dix Ans, qui a ruiné la Franche-Comté voisine — les autorités lui octroient une troisième foire et, surtout, un marché hebdomadaire, chose rare pour un village. La même année, La Chaux-de-Fonds est érigée en mairie, avec une cour de justice, et un premier conseil communal est mis en place. L’octroi d’un « marché coïncide donc ici avec le développement politique de la commune. Après le grand incendie de 1794, La chaux – de Fonds est entièrement reconstruite suivant un plan géométrique orthogonal, fort apprécié par de nombreux observateurs du XIX* siècle. Sur la lace du Marché, dite aussi place Neuve, on distingue quatre rangées de bancs bâchés alignés dans un ordre exemplaire. Selon un règlement de 1893, la place est affectée, comme celle de l’Ouest, «à la vente des légumes, fruits, champignons, poisson, volaille, gibier, viande, fromage, œufs, beurre, fleurs, vannerie, etc., etc.». De nombreuses femmes et quelques hommes passent ou achètent divers produits. C’est l’été, comme en témoignent quelques ombrelles et un canotier. Des paniers vides sont posés sur une bâche.

La chaux-de-Fonds : Place de l’ouest 1895

L’aspect de ce marché est assez différent de celui de la place Neuve, décrit à la page précédente. Les étalagistes y sont plus à l’aise : le règlement de 1893 stipule que les places louées «mesurent sur la place Neuve 3,60 m de longueur et 2,40 m de largeur et sur la place de l’Ouest 3,93 (sic) sur 2,50 m». Les dates ne sont pas les mêmes : le marché de la place Neuve se tient les mercredis et samedis, celui de la place de l’Ouest les mardis et vendredis. Au premier plan, des vendeurs exposent leurs produits — peut-être alignés plus au fond. A la différence de la place Neuve, la place de l’Ouest est bordée d’arbres. Deux autres places accueillent des marchés à la fin du XIX siècle. La place du Sentier, «affectée à la vente du combustible. Bois, tourbe. Charbon, des planches, de la paille, du blé de Turquie (le maïs)» et celle de l’Ours, «exclusivement affectée aux marchés et foires au bétail». De plus, les lundis et mardis ont lieu des marchés aux veaux, porcs, moutons et chèvres. Il se tient six foires annuelles, consacrées au bétail, chevaux inclus. Et ceci sans compter la foire de Noël sur la place Neuve : le commerce périodique de La Chaux-de-Fonds est très florissant à la Belle Epoque ! La ville abrite toujours un marché : il a lieu maintenant le mercredi et fête donc en 1992 ses trois cent quarante-huit ans.

Viège : marché 1935

Viège, halte importante du trafic vers l’Italie, a des foires et des marchés dès le Moyen Age. En 1314, la foire de la Saint-Laurent (10 août) joue un grand rôle. A la fin du XVIII* siècle, quatre foires ont lieu chaque année dans ce petit bourg de moins de cinq cents habitants, mais doté d’un très vaste arrière-pays. Vers 1940, malgré la concurrence des foires de Stalden, celles de Viège voient affluer des visiteurs de la vaflée de Saas, du Lôtschental et du Valais moyen. Celles d’avril et de la Saint-Martin de novembre sont les mieux fréquentées. Des gens de Visperterminen expliquent que des bourgeois amènent du vin aux foires de novembre et le mettent en vente ; la recette leur permet d’effectuer divers achats. De nos jours, Viège abrite encore quatre foires : en mars (foire aux marchandises et exposition de béliers annoncées dans le Messager boiteux de Berne et Vevey de 1990) et en avril, octobre et novembre (marchandises, bétail, petit bétail et machines agricoles). Deux hommes sont ici en train de conclure une transaction. On distingue à l’arrière la croupe d’une bête tandis qu’une vieille femme sourit au photographe derrière le dos de l’imposant personnage de droite. A 1 occasion de la foire, il porte, comme son partenaire, une chemise blanche et une cravate. Il est vêtu d’un pardessus d’aspect plutôt citadin alors que le moustachu de gauche, en blouse claire, tient une canne au bras

Les foires neuchâteloise :

Le canton de Neuchâtel abrite des foires et des marchés dès le Moyen Age : on en trouve alors en ville de Neuchâtel, au Val-de-Travers, au Locle et à Cernier. Au XVII* siècle, deux éléments favorisent une multiplication des foires : la production croissante de bétail et — paradoxalement — le déclin de la Franche-Comté, ruinée par la guerre de Dix Ans puis par la conquête française. Le commerce neuchâtelois, jusqu’alors largement tributaire de villes comme Besançon ou Pontarlier, se développe alors beaucoup. Des nouvelles foires ou des marchés sont créés aux Verrières, à La Chaux-de-Fonds, à La Brévine et au Locle. Le mouvement se continue au XVIII* siècle à La Brévine et aux Ponts-de-Martel. La ville de Neuchâtel par contre diminue le nombre de ses foires. Alors que les boutiques s’y multiplient et que le commerce international s’y développe sous l’action de grands négociants comme Jean-Louis de Pourtalès ou David de Pury. Les foires au bétail de la ville de Neuchâtel disparaissent vers 1848. Ses marchés par contre sont en plein essor. Un siècle plus tard, vers 1940, ils sont, avec les foires du Landeron, les principaux centres de commerce périodique du canton. Les communes jurassiennes ont moins d’importance. Aux Verrières, on cite «quatre foires, qui ne sont pas très importantes : il n’y a plus de bétail». A Môtiers, on parle de «foires mensuelles très peu fréquentées» et on explique qu’à Lignières «les foires n’ont plus d’importance et ne sont plus régulières». Il en est de même aux Ponts-de-Martel, à La Brévine dont le marché-concours de bétail de septembre garde pourtant une certaine importance — et à Cernier. Les foires de Couvet restent importantes pour tout le Val-de-Travers et celles au bétail du Locle et de La Chaux-de-Fonds fonctionnent parallèlement à un marché. Le commerce périodique neuchâtelois, qui prend un essor remarquable au XVII* siècle, apparaît donc sur le déclin — de cas en cas en ce qui concerne les foires — dès avant la Seconde Guerre mondiale.

Kippel (Lötschental) Marché-concours, 1910

Le Lôtschental abrite des foires depuis le début du XIX* siècle au moins : elles sont signalées dans une enquête de 1825 environ, mais peuvent être très antérieures. Vers 1900, les alpages du Lôtschental entretiennent, outre trois cents chèvres, près de huit cents vaches laitières. En 1940, on ne mentionne cependant plus de foire dans le Lôtschental. Il en est de même de nos jours. Les bêtes exposées ici ressemblent plus, tant par la robe que par le gabarit, à des tachetées vaudoises ou fribourgeoises qu’aux petites vaches de la race d’Hérens. Au premier plan, deux paysans barbus : l’un d’eaux, vêtu d’une blouse à martingale, fume la pipe, l’autre, en veste, s’appuie sur une canne. Tous deux, coiffés de pittoresqu couvre-chefs, échangent leurs appréciations sur le bétail exposé. D’origine bernoise, Albert Nyfeler, né en 1883, a pris résidence à Kippel. Peintre et photographe, il a réalisé de multiples images de paysages ou de scènes de la vie valaisanne.

Voilà une scène unique parmi les photos réunies dans ce livre : d( femmes enlacées occupent le premier plan d’une foire au bétail, habituellement si fortement marquée par la présence des hommes. Leur attitude, si rare dans d’autres cantons romands, peut encore fréquemment s’observer de nos jours en Valais. Avec leur court fichu et le chapeau traditionnel, leur caraco et leur longue jupe noire protégée par un tablier, ces trois silhouettes donnent une ambiance toute particulière à la photographie. Devant elles, les bêtes — des tachetées comme pour l’image précédente — sont entourées d’hommes et de femmes, tous chapeautés. Tout le monde est rassemblé sur un vaste replat sis en-dessous du village.

Sion : Foire à la Planta

Depuis plusieurs siècles, Sion abrite un commerce florissant stimulé par la route du Simplon. Ses marchés, signalés dès le début du XIII* siècle, sont fréquentés par des marchands étrangers ; des Lombards sont installés en ville, oîi ils tiennent boutique et pratiquent le change. A la fin du XVIII* siècle, Sion abrite six foires, très concentrées dans le temps puisque deux d’entre elles ont lieu en mai et quatre en novembre. Au cours du XIX* siècle, ces foires augmentent en nombre et s’étalent. Dès 1826, le Conseil de ville souhaite établir «une ou plusieurs foires entre celles qui ont lieu début juin et celles de fin octobre, à cause du grand intervalle séparant ces foires de printemps de celles d’automne. Après la descente des montagnes, le vendeur aurait besoin de vendre des pièces de bétail que le nourrissage à l’alpage a rendues satisfaisantes pour l’acheteur de boucherie désirant une emplette moins tardive que celle des foires de fin octobre et novembre.» On établit donc une nouvelle foire au premier lundi après la Saint-Michel (29 septembre ;. D’autres suivront : au début du XX* siècle, cinq foires ont lieu au printemps et six en automne. On y emmène en moyenne mille pièces de gros bétail, cinq cents veaux, porcs, moutons, chèvres, etc, et environ cinquante chevaux et mulets. Vers 1940, les foires attirent du monde de toute la vallée du Rhône, de Sierre à Martigny, ainsi que des vallées latérales d’Hérens et d’Anniviers. Sous les arbres en partie dénudés de la place de la Planta, quelques chèvres sont mises en vente. Des hommes, mais aussi déjeunes garçons et, surtout, des femmes, plus nombreuses que dans les foires de gros bétail, regardent les bêtes. A cette époque, le Valais se situe au quatrième rang suisse pour l’élevage caprin après Berne, le Tessin et les Grisons. On y compte près de trente mille chèvres en 1901 et trente-cinq mille en 1906. André Kern a un atelier de photographie à Clarens (Vaud). Il a laissé de nombreuses vues architecturales du canton de Vaud (19121928). Vers 1930, il est à Lausanne, ou son fils Charles lui succédera dans l’édition de cartes postales.

Les foires valaisannes

Plus encore que la viticulture, l’élevage et la production laitière sont ies principales ressources du canton du Valais jusqu’au début du XX* siècle. Au début du mois de juin, les bêtes montent aux mayens. Lorsque les alpages sont déneigés, elles s’y installent pour en descendre dans la seconde quinzaine de septembre. Elles séjournent environ un mois aux mayens, avant de les quitter pour descendre au village. Vers 1900, les Valaisans élèvent surtout des bêtes de la race d’Hérens. Petites et robustes, mais aussi bonnes laitières, ces vaches sont très différentes des grosses tachetées rouges ou noires vendues dans les foires vaudoises ou fribourgeoises. Dans le Haut-Valais, on élève aussi deux variétés de la race de Schwyz. C’est surtout au printemps ou en automne que se multiplient les foires au bétail, stimulées par le trafic qui s’écoule vers l’Italie, par les cols du Grand-Saint-Bernard et, encore davantage, du Simplon. Vers 1825, une cinquantaine de lieux abritent des foires en Valais. Celles de Sion sont importantes, comme celles de Martigny-Bourg ou de Monthey. Ce sont aussi parmi les plus anciennes, avec celles de Saint-Maurice. Les photographies présentées ici se distinguent assez fortement des autres. Il ne s’agit ni de marchés urbains comme ceux de Genève, ni de vastes marchés-concours comme ceux d’Aigle, mais de petites foires au bétail. Les femmes y sont très présentes, alors que, dans d’autres cantons, les hommes sont en écrasante majorité dès qu’il y a vente de bétail. Enfin, les échanges individuels sont privilégiés au détriment de l’aspect parfois spectaculaire de certains champs de foire. Certaines différences peuvent être dues plutôt à la subjectivité des photographes qu’à la réalité : toutes ces photos sont signées, et leurs auteurs ne sont jamais d’origine valaisanne.

Brigue : Marché conclu !

Brigue, au pied du Simplon et doté d’un vaste arrière-pays, a des fonctions commerciales dès la fin du Moyen Age. Le transit entre l’Italie, Genève et la France est florissant. Comme dans beaucoup de bourgs vaudois, le marché y survit plus difficilement que les foires et subit de nombreuses éclipses. En janvier 1572, il est remis en activité, après une longue période de sommeil. Il est alors déplacé du jeudi au mercredi, pour ne pas se trouver concurrencé par le nouveau marché de Domodossola, qui a lieu le jeudi. Ce marché du mercredi décline puis disparaît. Il est recréé en 1811, et on annonce alors aux communes voisines qu’il a lieu le samedi et qu’on y trouve des moutons, des veaux, des poules, des céréales, du beurre, du fromage. Des fruits, des légumes et autres victuailles. Un nouveau déclin survient. En 1836, nouvelle remise sur pied assortie d’un règlement, suivie d’une nouvelle disparition. En 1899 enfin, on institue le marché du jeudi, qui a toujours lieu de nos jours. Quant aux foires, le Messager boiteux de Berne et Vevey de 1797 en signale trois. ‘Vers 1940, elles ont toujours une grande importance régionale. La foire de la Saint-Gall (16 octobre), qui est alors la principale. Abrite de nos jours encore des transactions de marchandises, de bétail et de petit bétail. Le Messager boiteux de 1990 annonce d’autres foires en mars, en juillet — le «marché des vacances» — et en septembre (mais il s’agit ici d’un salon de type moderne, l’OGA ou Oberwallis-GewerbeAusstellung). L’acheteur et le vendeur se donnent ici l’accolade devant une belle vache valaisanne, ornée d’une cloche plutôt que de l’habituel toupin. Est-ce un signe d’apparat ? Le grand talent du photographe — un Bernois, spécialiste du reportage documentaire — met en évidence la relation privilégiée qui s’établit entre deux hommes, un paysan et un personnage imberbe de belle allure, peut-être un citadin qui achète la vache dans le but de bientôt la revendre.

Les foires Genevoises

Au Moyen Age, et tout particulièrement aux XIV* et XV* siècles. Les foires de Genève ont une renommée internationale. Par la suite, elles perdent beaucoup de leur importance au profit des marchés. Comme d’autres villes suisses — nous avons vu les cas de Lausanne et de Vevey, mais on peut aussi citer ceux de Bâle et de Berne — Genève renonce à se doter de foires supplémentaires sous l’Ancien Régime. En 1611, on répond à un conseiller qui voulait le faire que «la qualité des foires de ceste ville et le peu de négoce qui s’y fait ne permettent qu’on approuve cette proposite». Si elles ne se multiplient pas, les foires de Genève ne disparaissent pas pour autant. En octobre 1798, un tableau général des foires du département du Léman en recense trois, consacrées au «bétail et à toutes sortes de marchandises». Parmi les cent quatre-vingt-six foires du département. Seules celles de Genève offrent des marchandises en plus du bétail — à l’exception de Samoëns, où l’on trouve «toute espèce de bétail, beurre. Chanvre, etc.». Jusqu’en 1714, c’est au Bourg-de-Four — très ancien emplacement de foire et de marché — qu’a lieu la vente de gros et de petit bétail, pour être alors déplacée sous la Treille. De nos jours, les «salons» ont remplacé les foires, sans qu’il y ait une filiation directe. En 1990, le Messager boiteux de Berne et Vevey annonce pourtant sous la rubriques «Foires de Suisse romande» le Salon de l’automobile, en mars (époque autrefois très prisée pour les foires au bétail, avant la montée à l’alpage !), celui des inventions (en avril), du livre (en mai) et celui des arts ménagers (en novembre), ainsi que les Fêtes de Genève au mois d’août : le mot «foire» est ici compris dans le sens très large de rencontres et de spectacles.

Genève : marché au boulevard Helvétique

Alors que les foires de Genève déclinent puis se métamorphosent totalement, ses marchés se développent au cours des siècles. Essentiels à l’approvisionnement d’une ville en pleine croissance, ils sont sans doute hebdomadaires aux XII*-XIII* siècles et jouent ensuite un rôle de plus en plus important. Sous l’Ancien Régime, ils ont lieu les mercredis et les samedis. C’est surtout le samedi qu’on vend les grains et le bétail. De 1565 à 1747, le marché du blé et des grains a lieu au Bourg-de-Four, pour descendre ensuite à Longemalle. Avec les places de la Fusterie et du Molard (où se trouvent les halles), la ville basse dispose ainsi de trois des emplacements commerciaux ouverts sur le lac. De plus petits marchés se tiennent d’autres jours de la semaine : les poissons, au Molard, le vendredi soir ; les volailles et le petit bétail, à la Fusterie, le lundi. En 1798, on recense trois marchés à Genève : les «tridi, sextidi et nonidi», selon le nouveau calendrier révolutionnaire instituant la semaine de dix jours. L)e nos jours, Genève tient, comme Bâle, un marché pour chaque jour ouvrable dans divers quartiers selon le jour. De plus, il y a plusieurs marchés spécialisés (aux fleurs, aux puces, aux champignons). Le marché du boulevard Helvétique a pris le relais des grandes places de la ville basse, envahies par la circulation dès la seconde moitié du XIX* siècle : vers 1878, le marché du beurre, qui se tenait jusqu’alors à Longemalle, y est transféré et les dernières marchandes de légumes du Molard s’y installent vers 1902. De nos jours, ce marché a lieu les mercredis et samedis. Des vendeuses, protégées par de longs tabliers, offrent ici des légumes à d’élégantes clientes portant des «paniers de marché». Les marchandises sont exposées dans de vastes corbeilles tressées avec des branches de saule et posées sur le sol. Il fait chaud. A l’arrière, les bancs bâchés sont installés à l’ombre des platanes, tandis qu’au premier plan une femme s’abrite sous un parasol.

Genève : le marché de l’Ile

Au début du XX* siècle, en 1903, un règlement de police distingue deux types de marchés périodiques à Genève : en gros et en détail. Les marchés en gros sont installés dès 1879 sur le «Grand Quai», entre la place du Port et celle du Rhône. On y vend des primeurs et des produits maraîchers tous les matins avant neuf heures (en été) ou dix (en hiver), des fruits et des pommes de terre les mercredis et les samedis aux mêmes heures. En 1950, le Grand-Quai est abandonné pour la Jonction, puis les Acacias. De nos jours, le marché de gros se tient à la Praille. Quant aux marchés au détail, ils ont lieu en 1903 le mercredi et le samedi avant treize heures trente. Ils sont alors surtout localisés dans les rues Basses et à Coutance. On vend aussi des champignons à la rue du Commerce, des fruits et des légumes en gros sur le Grand-Quai, des fleurs au Molard. De plus, des marchands en plein vent s’installent aux alentours des trois marchés couverts : halles de Rive et de l’Ile, construites en 1877, et halles des Pâquis, dès 1896. On voit ici sur l’Ile des marchands de lapins et de cabris, hommes et femmes ; ils ont accroché les bêtes sur des patères et les présentent sur des bancs non bâchés, sans protection contre le soleil ou la pluie. Les clientes sont surtout des femmes, mais on voit aussi une petite fille au premier plan. Elles portent toujours un chapeau, parfois une capeline ou un tablier. De nos jours encore, il y a un petit marché derrière la tour de l’Ile, les mercredis et les samedis. En bonne saison, on y vend des champignons.

Depuis les halles couvertes au deuxième plan à droite, les bancs. Bâchés pour la plupart, se suivent sans interruption le long du Rhône. Il est onze heures moins cinq à l’horloge du bâtiment qui jouxte l’imprimerie. En 1903, dès onze heures de mars à septembre, et dès midi d’octobre à février, les chars et les voitures peuvent à nouveau circuler aux emplacements de marché. Des chevaux passent, mais aussi un homme poussant une bicyclette. A la gauche du kiosque faisant de la publicité pour les produits Maggi, on vend des bas. Un public assez clairsemé composé d’hommes coiffés de canotiers, de femmes à longues robes et de quelques enfants déambule entre les étalages. On est en fin de matinée et le marché tire à sa fin. Le peu d’affluence de ce document ne doit donc pas pousser à sous-estimer l’importance de ces réunions. Vers 1940, on écrit que «Genève est effectivement centre le plus important vers lequel affluaient les paysans pour vendre leurs légumes. Il en venait de tous les villages, et même de la Haute-Savoie et de l’Ain. En effet, la culture maraîchère est et reste une activité authentiquement genevoise».

En plein hiver, sur une place enneigée, du gui et des branches de sapin sont offerts au public au bas de la rue de Coutance, dont le marché subsiste de nos jours malgré la circulation intense. Ilus encore que les documents précédents, cette photographie frappe par le calme distingué qui y règne. Cette ambiance est voulue par ies autorités. En 1903 par exemple, le règlement stipule qu’«il est interdit d’empiéter sur la voie réservée à la circulation et d’annoncer par des cris la nature et le prix des marchandises». Ces marchés genevois du début du XX* siècle sont vraiment bien différents de ceux de l’Ancien Régime tels qu’ils ont été décrits par l’historienne Anne-Marie Piuz : «Aux jours de marché, les places et surtout la place du Molard grouillaient de monde. Devant les halles se pressait tout un peuple de vendeurs, d’acheteurs et de badauds. Une foule de paysans, de paysannes, de marchands ambulants, de colporteurs, ordonnaient leurs corbeilles ou installaient leurs tréteaux sous une bâche ou sous le couvert des halles. A côte des produits de la campagne, les potiers, lanterniers, «magnins» (chaudronniers), déballaient et offraient leurs marchandises.»

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